lundi 10 mars 2008
L'arrivée
Son thorax et son front, solidaires, furent aspirés par le tableau de bord, quand le véhicule stoppa d'un coup. Une décéleration si brutale que l'horizon sembla un instant s'étaler sur ses genoux. Pas de véritable choc, pourtant. La ceinture de sécurité imprima sa marque diagonale, avant le rebond qui renvoya le corps sur le siège un peu raide.
- Descend. Maintenant.
Tout était déjà dit. Il déboucla sa ceinture, déverouilla la portière, mit pied à terre et s'avança. La lourde carcasse de la voiture fit demi-tour et s'en fut, sans précipitation.
Un regard circulaire le lui confirma : il se trouvait désormais un peu plus loin que nulle part. Il n'avait plus qu'à chercher la véritable raison de sa présence, sur ce territoire rouge et stérile.
La poussière, tantôt soulevée par de courtes bourrasques, s'élevait en nuages roses et fantomatique. Ni végétation, ni mouvement, ni senteur. Le désert se décrivait par l'absence. Et par la pénitence, regrettat-il. Car il devinait maintenant le pourquoi de son isolement imposé. Pourtant, il osait à peine se formuler l'injustice d'un châtiment si implacable. A mesure que le jour déclinait, ses appréhensions enflèrent, se muant en peur grasse, en angoisse obèse. Il devrait désormais se supporter lui-même. Alors, il se déchaussa, et traça sur le sable, la pointe d'un soulier, un profil féminin de dix fois sa hauteur. En guise de matelas, il choisit un pli du cou, et se rassembla en boule pour attendre l'aurore.
(Exercice d'atelier d'écriture, vendredi dernier.)
lundi 19 février 2007
L'île du déploiement décisif
( Exercice d'atelier d'écriture, vendredi dernier )
L'univers n'est plus ce qu'il était. Hier encore, je rampais à mon aise, sur mon île du repas perpetuel. Aujourd'hui, des pattes velues m'ont poussé, soutiennent ma carcasse. Et je titube un peu sur ma pitance. Hier, silence et obscurité. Aujourd'hui, une lumière aveuglante. Et leurs voix. La voix des maîtres de l'univers. Ils sont les créateurs de toute chose, je le sens. Peut-être même pourraient-ils m'inventer un dessert ?
La peur est la plus forte, je me tapis. J'écoute ces êtres fabuleux. Ils parlent de leurs vacances, trop vite achevées. Ces êtres sont si grands, je sens leurs mains qui soulèvent mon île. Puis j'entends l'eau. Mais pourquoi veulent-ils m'immerger ? Pourquoi cette odeur de citron synthétique ? Je sens qu'il est temps pour moi de migrer. Quelque chose vibre dans mon dos, et mon corps se soulève. Mes ailes se sont déployées à l'instant décisif, au moment ou leur voix s'élevaient à nouveau :
- " Saleté de vaisselle. Regarde, y'a même des mouches."

